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Etablissement Tronga, la Oumma africaine prend son destin en main

L’Etablissement Tronga : une femme en action pour la oumma

On finit notre Quinzaine des Entrepreneuses Musulmanes en apothéose avec une entreprise étrangère. Notre lauréate Aminata est une Ivoirienne qui vit au Burkina Faso et qui a réellement contribué à la vie de la communauté musulmane et au-delà grâce à ses activités. Elle est à l’initiative d’une station de lavage qui emploie plusieurs jeunes et espère prochainement concrétiser l’extension de sa ferme avicole qui propose des œufs halal. Une femme de conviction, d’action, une entrepreneuse musulmane exemplaire, Allahuma barek. Régalez-vous !

N’oubliez pas d’écouter la suite de son interview disponible à la fin de l’article.

Aminata, quelle est votre formation ?

Je suis titulaire depuis 2009 d’une maîtrise en Science des Techniques Comptables et Financières (MSTCF) et en 2004, j’ai obtenu un BTS option Finance et Comptabilité. Grâce à ma formation je travaille depuis mars 2011 en tant que Contrôleur Financier chez BME Burkina Faso (Bulk Mining Explosives).

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Vous êtes une entrepreneuse musulmane ; présentez-nous vos activités

L’Etablissement TRONGA a été créé en décembre 2013 en vue de formaliser un ensemble d’activités déjà menées par moi-même.
Ces activités sont :

  • Une station de lavage auto-moto, de bâches, tapis, etc
  • Une petite ferme avicole de 100 poules pondeuses et d’une cinquantaine de poulettes

Nous prévoyons un agrandissement de la ferme sur une superficie de trois hectares à la périphérie de la capitale Burkinabé.

Est-ce la première fois que vous vous lancez dans un tel projet ?

C’est la première fois que je m’investis dans un tel projet. Mais depuis ma tendre enfance, je menais de petites activités commerciales pendant les vacances scolaires. Au cours de l’année scolaire, je faisais des petits commerces afin de subvenir à mes besoins pour ne pas avoir recours aux hommes pour l’argent facile comme faisait bon nombre de mes copines de classe.

Comment avez-vous eu cette idée ?

L’idée de la ferme est un rêve d’enfance. Je venais passer les vacances scolaires chez ma grande sœur dans une région au centre-est de la Côte d’Ivoire. Son époux possédait une ferme avicole qu’on visitait chaque fin de semaine. C’est là qu’est née ma passion des poules et de l’aviculture en général. Nous nous promenions dans les poulaillers pour ramasser les œufs, mettre de l’eau dans les abreuvoirs, mettre les aliments dans les mangeoires.

En ce qui concerne les autres activités ce sont des opportunités qui se sont présentées à nous que nous avons saisi. Par exemple pour le lavage, l’idée est venue de mon neveu, un jeune homme de 25 ans qui voulait son indépendance financière afin de se marier. C’est ainsi qu’il m’a présenté le projet de lavage et compte tenu de ses intentions nobles j’ai décidé d’investir pour lui et pour Allah.

Quelle est la particularité de votre activité et pourquoi est-elle si spéciale ?

Dans l’optique de mettre à la disposition de la communauté musulmane et des communautés sœurs des produits halal, bons pour la santé, nous proposons des œufs et volailles sains et de très bonne qualité.
Ces produits, du fait qu’ils contribuent à réduire le chômage des jeunes musulmans que nous employons, se distinguent par leur qualité et leur coût.

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Côté organisation, décrivez-nous votre journée type

Ma journée commence bien avant la prière de Sobh. Après son accomplissement, je m’occupe de ma famille et à 7h30 je quitte la maison pour aller voir le lavage et faire les comptes de la veille, puis je me rends à mon boulot. Je travaille de 8h à 12h30 ensuite je rentre à la maison pour le déjeuner.
Je fais ma prière de zouhr je me repose un peu et je retourne travailler à 14h30. Je termine à 17h30 puis je rentre et m’occupe de mon foyer.

Quelle est votre astuce pour allier vie personnelle (ex: famille) et vie professionnelle ?

Il ne faut pas nier que ce n’est pas évident, car en plus de mes affaires j’ai aussi un boulot à plein temps. Donc je dois arriver à concilier trois vies. Mon astuce c’est d’être très organisée. Je planifie tout à la maison afin d’arriver à cuisiner moi-même pour mon mari et ne pas laisser cela à la servante. Il y a aussi le fait de pouvoir déléguer certaines tâches. Il faut amener les employés à prendre le business comme le leur, les responsabiliser. De ce fait, tu n’as pas besoin d’être sur le lieu à tout moment.

Il y a aussi l’efficacité, la rapidité, sans me vanter je ne suis pas une paresseuse, donc j’organise ma vie de sorte à avoir du temps pour tout.

Comment avez-vous financé la station de lavage et la ferme avicole ?

L’argent est un véritable problème pour nous, jeunes entrepreneurs musulmans. Dans nos régions en Afrique Subsaharienne, la finance islamique n’est pas appliquée dans nos institutions. Nous avons peur de nous adresser aux banques à cause de Riba (les intérêts). Nos hommes d’affaires musulmans qui sont riches ne sont pas encore disposer à nous accompagner. Les projets ne manquent pas mais c’est l’argent licite qui est le souci.
Moi, par la grâce de Dieu, dès que j’ai commencé a travaillé j’ai économisé un peu et aussi j’ai pu rencontrer certaines personnes qui ont aménagé ma station de lavage et que j’ai payé des mois après.

Pour la petite ferme, c’est fait sur fonds propres que je l’ai monté et aujourd’hui je suis entrain d’économiser afin d’investir pour un terrain de 3ha pour la grande ferme. Le forage représente le plus gros investissement. Je suis à la recherche d’une aide pour réaliser le forage et le reste de l’investissement se fera sur fonds propres. C’est un investissement qui va s’étendre sur des années car je ne veux pas aller vers le Riba. J’irai en fonction de mes fonds jusqu’à la réalisation complète du projet qui permettra de venir en aide à de jeunes entrepreneurs musulmans de demain inch Allah.
Le mode de fonctionnement de la finance classique n’est pas aisé pour la jeunesse musulmane désireuse d’entreprendre. Pour joindre l’acte à la parole de ce côté, j’ai adhéré à l’ADEFI (Association pour le Développement de la Finance Islamique) afin d’apporter ma modeste contribution, de quelque nature que ce soit, à l’instauration de la finance islamique.

Quand on est entrepreneuse, on aimerait souvent déléguer pour se consacrer au cœur de son activité. Imaginez que vous pouvez embaucher, pour quel poste ce serait ?

Par la grâce du Tout Puissant j’embauche déjà des jeunes gens. Et compte tenu de mon travail et de ma vie de couple j’ai délégué le volet marketing à quelqu’un afin qu’il puisse trouver et fidéliser les clients et les satisfaire. Ce dernier est chargé de gérer les laveurs afin que le travail soit bien fait et il a des objectifs à atteindre. Mon neveu est le co-gérant et il travaille à la station les week-ends car il continue ses études.

Qu’est-ce que vous vous êtes offert avec votre premier salaire ?

A vrai dire je n’ai pas de salaire dans mon business. J’ai investi de l’argent que je veux récupérer pour la grande ferme. Chaque fin du mois je fais le point après les dépenses, une partie est déposée sur mon compte et l’autre sert à contribuer aux dépenses du foyer. De ce fait, je ne peux pas vous dire que je me suis offerte quelque chose avec mon premier salaire.

Quand vous pensez à ce que vous avez réalisé avec ce projet, quelle est votre plus grande fierté ?

Ma plus grande fierté aujourd’hui est de pouvoir soutenir mon foyer. Depuis dix neuf mois mon mari est au chômage. Grâce à cette activité rien n’a changé chez nous. Je continue à soutenir mes parents financièrement et aussi à m’occuper de mon foyer.
A côté de cette grande fierté aussi, il y a aussi la joie de pouvoir donner du travail aux jeunes.

A quoi ressemblerait votre réussite ?

Pour moi avoir réussir c’est avoir une bonne fin. Ça ne sert à rien d’avoir tout l’or du monde ou être l’homme le plus riche et le plus craint du monde et finir mal. Pour moi réussir c’est pouvoir aider ma famille et ma communauté. Pour moi réussir c’est vivre selon les règles dictées par le Coran, aider, soutenir et améliorer la vie des siens et des proches indépendamment des considérations religieuses. C’est mettre sa réussite au profit de la communauté.

Qui est votre meilleur soutien ?

Allah est mon meilleur soutien, c’et lui qui me donne la force et le courage de me battre chaque jour. Il a dit de croire en Lui et de faire le bien et on rentrera au paradis. Dans mes affaires, je fais du bien à mes employés et aussi à ma famille inchallah avec ça j’aurais une bonne récompense ici bas et dans l’au delà. A côté de Dieu, il y a mon époux et aussi toute ma famille.

En quoi votre parcours peut-il inspirer d’autres personnes ?

Le fait d’être indépendante et de soutenir ma famille avec les revenus de mes affaires doit inspirer certaines personnes à se battre. Aujourd’hui, je suis à l’étranger et mon époux a perdu son boulot. Dans d’autres circonstances beaucoup de choses devraient changer à la maison, peut-être que j’aurais arrêté d’envoyer l’argent à ma famille au pays. Mais par la grâce Divine rien n’a changé. C’est grâce à Dieu et à mes revenus autres que mon boulot que je suis là où je suis. Une femme musulmane doit être entreprenante pour soutenir son homme, apporter un plus à leur vie de couple et à celle des jeunes de la communauté, et aussi montrer le bon exemple à ses enfants.

Dans quelle mesure intégrez-vous l’éthique musulmane dans votre entreprise ?

L’honnêteté, faire le bien autour de soi comme venir en aide aux employés quand ils ont des problèmes. Faire des actions pour la communauté musulmane qui sont mes voisins de commerce. Par exemple, pendant le ramadan, je fais la cuisine et envoie à la station lavage pour la rupture du jeûne de tous les commerçants qui sont installés à côté de moi. J’achète des nattes et bouilloires pour la prière en groupe…

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A votre avis, comment peut-on améliorer la situation des entrepreneuses musulmanes ?

D’abord il faudra les former, les éduquer en priorité sur l’islam et sur l’éthique musulmane dans les affaires. Les former à la finance Islamique. Et aussi mettre à leur disposition des fonds pour entreprendre. On dit très souvent que former une femme c’est former une nation

Avez-vous une anecdote particulière à nous raconter ?

J’ai souvent des clients qui viennent et qui demandent de la bière. Comme Je n’en vends pas ils s’assoient et bavardent jusqu’à ce qu’on leur remette les clés de leur voiture lavée. Souvent, je me retrouve dans des débats sans fin sur l’alcool. Ce que l’islam dit sur l’alcool et sa consommation. Et là, je remarque que ce sont des gens qui ne comprennent pas l’islam et surtout qui ne veulent pas comprendre. Je suis dans un pays où il y a beaucoup de familles mixtes (épouse musulmane-mari chrétien et vice versa). Nous qui essayons d’être en conformité avec notre foi sommes vu comme des dangers pour la société. Qu’Allah nous donne la bonne compréhension.

Voulez-vous nous dire autre chose ?

C’est un plaisir pour moi de participer à ce concours et le plus important c’est d’être dans un réseau qui partage mes convictions religieuses ; je pense compter pour cela sur vous. Car, pour organiser ce concours, vous avez le réel souci de l’avenir de la communauté musulmane et je vous en remercie Qu’Allah vous en récompense de la meilleure façon et vous fasse bénéficier des fruits de la graine que vous semez ici-bas et dans l’au-delà.
Qu’IL nous accorde à tous sa satisfaction et le firdaws.

Cette année, Akhawate Business vous propose, en plus d’un article qui consacre les lauréates de la quinzaine, une interview enregistrée et mise en ligne sur notre chaine Youtube.

Ecoutez Maintenant la suite de l’interview d’Aminata, notre entrepreneuse bienveillante

Qu’Allah vous facilite vos projets et vous accorde une bonne récompense ici-bas et dans l’au-delà, Aminata. Si vous avez été touché par le témoignage d’Aminata, restez à l’écoute, Akhawate Business a le sentiment qu’on n’a pas fini d’entendre parler de notre sœur du Burkina.

Akhawate Business

Akhawate Business oeuvre pour la promotion de l'entrepreneuriat féminin selon l'éthique musulmane

11 Responses to Etablissement Tronga, la Oumma africaine prend son destin en main

  1. Salamou alaykoum, oukhty ! ALLAH i barak fiki et qu’ALLAH vous récompense pour ce que vous avez entrepris et vous accorde le succès !

  2. Al-Kanz says:

    as-salâmu ‘alaykum
    Qu’Allah mette la baraka dans l’ensemble de vos activités.
    Est-il possible de savoir à combien vous estimez la somme nécessaire pour mettre en place définitivement la ferme avicole ? Et donc notamment le coût du forage ?

  3. Amina-Karine says:

    Assalam alaykum, félictations pour votre volonté et votre ténacité, qu’Allah y ajoute Sa baraka et fasse propspérer vos affaires.

  4. Salam, merci à tous pour vos soutiens. Aujourd’hui avec le premier volet du projet qui a été monté pour un coût total de 24 335 470. Pour le forage il me faut 4 500 000. comme je vous l’ait dit dans mon interview je ne vais pas investir en un seul temps tout cet argent. J’en ai même pas le moyens. mais je vais investir à mon rythme. mais le forage peut pas être échelonné il faut payer une fois pour que le forage soit monté. si j’ai le forage aujourd’hui. Inchallah je commence l’installation de la ferme dans les jours qui suivront.

  5. Al-Kanz says:

    as-salâmu ‘alaykum
    Ce sont des francs CFA n’est-ce pas ? J’ai converti via un convertisseur en ligne et je trouve que cela fait 36 989,91 euros. C’est bien cela ? (à peu près)

  6. Salamou’alaykoum, vous avez beaucoup de mérite mashaallah, je vous souhaite de belles réussites, d’aller au bout de vos rêves et de ce qui vous anime. Bonne continuation sister !

  7. Nour Hissein says:

    Assalamou aleykoum mashaAllah quel beau projet qu’Allah swt vous facilite et que notre oumma inchaAllah vous soutienne !!!

  8. Sihame says:

    Salam Alaykoum,
    Quel courage, quelle détermination mashAllah, je suis impressionnée et vous souhaite d’aboutir à votre projet de grande ferme inchAllah.

  9. Vraiment bassa je suis combler de joie bravo et bonne chance pour la suite

  10. Sianat says:

    Merveilleux projet. Un beau portrait de femme musulmane entrepreneuse. Qu’Allah vous accorde la réussite si ce projet est un bien pour vous et notre communauté.

  11. Meryem says:

    Salam aleikoum. MashaAllah, quel superbe projet et très touchant témoignage. Un tel courage et une si grande volonté et surtout une confiance totale en Allah soubhanah wa ta’ala. Je vous souhaite toute la réussite que vous méritez et un soutien de la oumma incha Allah. Allah fructifie votre commerce. Une telle volonté ça fait chaud au coeur!

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